
28 juin 2009 - 13e dimanche du temps ordinaire - Année B 
Dieu n'a pas fait la mort
Les références des textes de ce dimanche
Sagesse 1,13-15 et 2,23-24
Psaume 29
2 Corinthiens 8,7.9.13-15
Marc 5,21-43
Le commentaire des lectures bibliques
par Marcel Domergue, jésuite, rédacteur à Croire aujourd'hui
Retenons cette phrase de notre 1re lecture, qui demanderait à elle seule un long commentaire. Ajoutons cependant que Dieu, l'amour créateur, n'est pas non plus à la source de la souffrance ni de tout ce qui, dans nos vies, va du côté de la mort. C'est pour cela que le Christ, « image du Dieu invisible », prend d'emblée figure de thérapeute, d'ennemi de ce qui blesse les hommes. Ces guérisons, comme on l'a souvent noté, ne sont pas une solution : « Ce fut déjà une chose étonnante que l'aveugle de naissance retrouvât la vue à Siloé, mais qu'est-ce que cela faisait à tous les aveugles du monde ? », demande saint Cyrille de Jérusalem dans sa Catéchèse baptismale. Pas une solution donc, mais des signes. Signes de quoi ? D'abord de la tendresse de Dieu pour les hommes, ensuite de l'efficacité de cette tendresse. Les maux qui nous accablent seront éradiqués, et cela se réalisera dans et par la Résurrection. Ainsi, tous les « miracles » du Christ sont des sortes de prophéties pascales. Ils nous disent, notamment, que le pouvoir du Christ sur le mal et la mort ne s'exerce pas à son seul bénéfice, mais que nous sommes tous pris, assumés, dans sa résurrection. La tendresse de Dieu n'exclut personne. Aujourd'hui, nous lisons le récit de la résurrection d'une jeune fille et de la guérison d'une femme d'un certain âge. On le voit, tout le monde est concerné. N'importe qui. Mais voici que ces femmes deviennent inoubliables, plus importantes que les quatre-vingt-dix-neuf brebis qui n'ont pas besoin, croient-elles, des soins du berger.
Où est la foi qui sauve ?
Ce n'est pas en raison de sa propre foi que la jeune fille sera sauvée de la mort, c'est par la foi de son père. Nous trouvons dans les évangiles plusieurs récits analogues. Par exemple, en Matthieu 9, c'est la foi des porteurs, et non celle du paralysé, qui entraîne sa guérison. Voilà qui souligne notre solidarité.
Nous partageons avec tous ce qu'il y a de bien dans nos vies. Parfois, la foi n'est même pas mentionnée, comme dans le récit de la résurrection du fils de la veuve de Naïn (Luc 7,11
) ou des guérisons du paralytique de Jean 5 et de l'aveugle-né de Jean 9. Là, nous apprenons que la foi n'est pas la cause ultime de la guérison, elle est simplement nécessaire à l'accueil de cette santé nouvelle, notre manière de nous l'approprier. La cause ultime est bien la tendresse de Dieu pour nous, cette tendresse qui nous fait exister. Par la foi, nous nous confions à cette tendresse.
Cette foi peut d'ailleurs connaître plusieurs degrés. Ainsi, la foi de Jaïre, au départ, semble bien imparfaite : il demande à Jésus d'aller pratiquer sur la petite fille une sorte de rite magique. Pour lui, semble-t-il, Jésus est un de ces guérisseurs si nombreux à cette époque. Jésus n'imposera pas les mains, mais il saisira dans la sienne la main de la jeune fille pour l'aider à se lever. Le père et la mère en seront « bouleversés » : sans doute accèdent-ils alors à la foi plénière. Jésus leur demande de faire manger l'enfant guérie, manière de souligner que la vie nouvelle n'est pas celle d'un pur esprit, mais qu'il y a réellement « résurrection de la chair ».
L'accès à la parole
Que nous apprend la guérison de la femme atteinte depuis si longtemps par des pertes de sang défiant tous les efforts médicaux ? Perte de sang, en langage biblique, signifie perte de vie. Là encore, nous sommes invités à préciser le sens que doit prendre pour nous le mot « foi ». Par exemple, je peux croire que le savon va me permettre de me laver les mains. Je lui fais confiance, une confiance qui vient de mon expérience. La femme qui vient toucher le vêtement de Jésus sait que ce contact peut la guérir, car elle a entendu parler de son pouvoir sur nos maladies ; peut-être même en a-t-elle été témoin. Expérience, donc. Elle veut se servir de la puissance du Christ à son insu, comme on se sert d'un objet. Certes, notre recours plein de confiance au « savon », à toute nourriture capable de nous faire du bien et d'entretenir notre vie, sacrifie ces objets, leur fait « perdre leur vie » pour nous, mais sans référence à un don de leur part, qui signifierait amour et donc liberté. Pour passer de la confiance que nous leur faisons à la foi véritable, il faudrait, entre eux et nous, une parole échangée, un regard qui prenne l'autre en considération. Réciprocité de l'amour. Ce qui est impossible avec nos objets de consommation est toujours possible entre nous. Jésus, amour indépassable, va conduire la femme à le regarder en face, à lui parler, bref, à entrer dans un échange. La vraie foi est une relation de personne à personne ; elle connote immédiatement l'amour.
À la fin du récit, la femme est déclarée non seulement guérie, ce qu'elle cherchait au départ, mais « sauvée ».
Évangile selon Marc
Jésus regagna en barque l'autre rive, et une grande foule s'assembla autour de lui. Il était au bord du lac. Arrive un chef de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma petite fille est à toute extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu'elle soit sauvée et qu'elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu'elle l'écrasait.
Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans
Elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans aucune amélioration; au contraire, son état avait plutôt empiré
cette femme donc, ayant appris ce qu'on disait de Jésus, vint par derrière dans la foule et toucha son vêtement. Car elle se disait : «Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée.» À l'instant, l'hémorragie s'arrêta, et elle ressentit dans son corps qu'elle était guérie de son mal.
Aussitôt Jésus se rendit compte qu'une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait: «Qui a touché mes vêtements?» Ses disciples lui répondaient: «Tu vois bien la foule qui
t'écrase, et tu demandes: Qui m'a touché?» Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait ce geste. Alors la femme, craintive et tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Mais Jésus reprit: «Ma fille, ta foi t'a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal.»
Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre pour annoncer à celui-ci : «Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître?» Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de la synagogue : «Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l'accompagner, sinon Pierre, Jacques, et Jean son frère. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l'agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L'enfant n'est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l'enfant, et ceux qui l'accompagnent. Puis il pénètre là où reposait la jeune fille.
Il saisit la main de l'enfant, et lui dit: «Talitha koum»; ce qui signifie: « Jeune fille, je te le dis, lève-toi. » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher elle avait douze ans . Ils en furent complètement bouleversés. Mais Jésus leur recommanda avec insistance que personne ne le sache ; puis il leur dit de la faire manger.
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